Suivie aujourd’hui par près de 14 000 personnes sur Instagram, Clara Smaldone (@sopk_nutrition) s’est construit une communauté autour d’un sujet encore trop peu compris : le SOMP (syndrome ovarien, métabolique et polyendocrinien, anciennement SOPK).
Diététicienne spécialisée et elle-même diagnostiquée, elle en parle à la fois avec son expertise professionnelle et son expérience personnelle.
À travers ses contenus accessibles et incarnés, elle porte une attention particulière à la santé des femmes. Mais son parcours sur les réseaux n’a rien de linéaire. Après une longue pause, elle a dû repenser sa manière de créer, renouer avec sa communauté et s’interroger sur ce que les gens viennent réellement chercher sur Instagram.
Création de contenu, proximité, syndrome de l’imposteur, vulgarisation et santé des femmes… Clara nous raconte son parcours, ses réflexions et ce qu’elle a appris en chemin.
Peux-tu nous raconter ton parcours professionnel ?
À la sortie du lycée, j’ai fait un an de médecine, puis je suis allée en biologie. C’est à ce moment-là que j’ai découvert ma passion pour le sport et que j’ai commencé la musculation.
Je me suis beaucoup intéressée à la nutrition et j’ai voulu trouver quelque chose dans ce domaine. J’ai donc fait un BTS diététique de deux ans, que j’ai complété avec un Bachelor d’un an. J’ai été diplômée diététicienne en 2019 et j’ai obtenu mon Bachelor en 2020.
Ensuite, j’ai travaillé pendant un an dans la prestation de santé à domicile. Mon rôle était notamment d’accompagner des patients qui avaient besoin d’une nutrition artificielle parfois dans des contextes de pathologies assez lourdes, et je faisais le lien entre eux et la structure hospitalière.
À cette période, mon propre diagnostic de SOMP m’a progressivement amenée à me spécialiser davantage sur ces problématiques et à développer une activité en libéral, notamment en téléconsultation. […] J’ai également travaillé quelque temps avec une équipe spécialisée dans la fertilité.
En 2022, j’ai commencé à travailler à la clinique Convert de Bourg-en-Bresse à temps partiel. Je m’occupais principalement de dénutrition, puis mon poste a évolué : j’ai notamment travaillé en médecine et en oncologie. Ce sont des services où l’on accompagne parfois des personnes très fragiles, parfois en fin de vie. Dans ces moments-là, notre rôle est davantage d’apporter du confort et du bien-être.
C’est une dynamique très différente de celle que je retrouve en libéral. Là, il y a davantage cette « pulsion de vie », avec des personnes qui viennent pour essayer d’aller mieux, comprendre leur corps ou améliorer leur quotidien. Le fait d’avoir les deux me permet de varier énormément les accompagnements. Aujourd’hui, je partage mon temps entre la clinique et mon activité libérale.
Avant les réseaux sociaux, qu’est-ce qui t’a donné envie de te spécialiser dans le SOMP et d’en faire une partie importante de ton activité ?
Principalement parce que je suis moi-même concernée. À l’époque, il n’y avait quasiment rien sur le sujet. Il y avait surtout des Américaines qui en parlaient. En France, nous étions très peu nombreuses sur les réseaux.
Au départ, je me suis spécialisée pour moi, pour en apprendre davantage et comprendre ce qui m’arrivait. Quand j’ai été diagnostiquée, la seule chose qu’on m’a proposée, c’était la pilule. Je n’en voulais pas à l’époque. Quand je l’ai refusée, mon gynécologue m’a répondu : « Vous reviendrez me voir d’ici quelques mois quand vous aurez de l’acné plein la tête et la barbe… ».
On ne m’a pas vraiment proposé d’autre solution. Et on ne m’a pas parlé d’alimentation, d’hygiène de vie ou d’autres manières de prendre en charge le problème.
C’est aussi ce qui m’a poussée à chercher par moi-même et, ensuite, à partager ce que j’apprenais sur les réseaux. Et je pense qu’il y a une différence importante : je ne suis pas simplement une personne concernée par le SOMP qui, parce qu’elle a réussi à améliorer sa situation, se proclame spécialiste. J’ai un diplôme, j’ai fait des formations sur le sujet, je l’ai travaillé sur moi et avec mes patients.
Aujourd’hui, les professionnels de santé sont quand même davantage sensibilisés qu’avant, même s’il reste encore beaucoup de chemin à faire.
Est-ce que tu rencontres encore des stéréotypes autour du SOMP, y compris chez des professionnels de santé ?
Oui. J’ai constaté qu’encore beaucoup de professionnels de santé ne sont pas au courant de la manière dont on peut réellement prendre en charge le SOMP. Un médecin m’a déjà dit que si je prenais du poids alors que je faisais du sport, il suffisait simplement que je cours et que je mange moins.
Il y a encore beaucoup de symptômes qui ne sont pas forcément pris au sérieux. Tu dis que tu es fatiguée, que tu as un SPM très important… et parfois ce n’est pas relié au SOMP. C’est juste : « Tu es une femme, tu es fatiguée. »
Et beaucoup de symptômes sont encore justifiés uniquement par la prise de poids. On va dire aux patientes que, pour aller mieux, elles doivent simplement perdre du poids.
Le problème, c’est que ça peut complètement perdre les patientes. J’en vois encore qui ont reçu des conseils très drastiques, comme réduire énormément les féculents ou interdire les fruits le soir.
Sur Instagram, c’est pareil : tu trouves tout et son contraire. Il faut arrêter le gluten, le lactose, le sucre, faire une alimentation cétogène, ne pas manger de glucides le soir, ne pas faire de cardio… Les gens sont déjà perdus avec certains professionnels de santé et Instagram vient parfois ajouter une couche supplémentaire.
Justement, comment arrives-tu à vulgariser des sujets complexes autour du SOPK sans les déformer ?
Je ne rentre pas trop dans les détails sur Instagram. Au début, je le faisais beaucoup parce que, quand tu commences, tu as envie de balancer toute ta science.
Mais il faut se dire qu’on s’adresse à des personnes qui n’ont pas forcément fait d’études scientifiques.
Donc j’essaie de me mettre à leur place et de vulgariser comme si je parlais à une copine : expliquer très simplement, ne pas forcément utiliser des termes hyper complexes et aller à l’essentiel.
Comment ton compte Instagram autour du SOPK a-t-il évolué, justement ?
Pendant le Covid, je postais énormément de recettes. J’adorais cuisiner et faire de la photographie culinaire. C’était vraiment de la cuisine plaisir. J’avais déjà une petite communauté.
Puis j’ai commencé à parler de l’arrêt de la pilule, des perturbateurs endocriniens, de l’inflammation… et, en février 2021, j’ai publié mon premier post sur le SOPK : « Qu’est-ce que le SOPK ? ».
À partir de ce moment-là, mon compte a vraiment commencé à prendre.
Puis j’ai fait une pause de presque deux ans. À cette période, il se passait beaucoup de choses dans ma vie et je n’avais plus l’énergie ni la tête à ça. C’est justement pendant cette période que le SOMP s’est beaucoup démocratisé sur les réseaux et que j’ai vu énormément de nouveaux comptes apparaître.
Ce qui était assez étonnant, c’est que même sans publier, des gens continuaient à s’abonner parce qu’ils tombaient sur mes anciens contenus.

Après une aussi longue pause, comment as-tu réussi à recréer un lien avec ta communauté ?
Quand je suis revenue, les abonnés étaient toujours là, mais c’était complètement différent de 2021. Je me demandais : comment est-ce qu’on recrée ce lien après avoir été absente pendant deux ans ?
Je pense que j’ai commencé à davantage me montrer moi-même et surtout à changer ma manière de m’adresser aux gens. Avant, il y avait beaucoup de choses que je m’interdisais de publier et j’étais beaucoup plus centrée sur le contenu professionnel.
Aujourd’hui, j’essaie davantage de faire mes stories comme si je les envoyais à une amie. Pas dans le sens où je raconte toute ma vie (il y a évidemment toujours des limites) mais plutôt en étant plus spontanée, plus proche, moins uniquement dans la transmission d’informations.
Je pense que les gens ne viennent plus seulement chercher de l’information sur Instagram. Ils cherchent de la proximité, quelque chose dans lequel ils peuvent se reconnaître, parfois même quelque chose qui peut les déculpabiliser en voyant qu’une autre personne traverse les mêmes choses qu’eux.
Et les retours de la communauté jouent aussi beaucoup. Je reçois des messages de personnes qui me disent que mon contenu les aide ou qu’elles sont contentes de retrouver mon compte. Ça fait du bien parce que tu te rends compte qu’il y a réellement des personnes derrière les abonnés et que ce que tu fais peut leur être utile.
Je pense que c’est aussi quelque chose qui m’avait manqué quand j’ai repris Instagram : retrouver ce lien avec les gens.
Comment s’organise ton processus de création de contenu ?
J’aimerais être beaucoup plus organisée ! Pour l’instant, je fonctionne beaucoup au feeling. Je n’ai pas vraiment de temps dédié à la création de contenu. Il y a des périodes où je n’ai aucune créativité. Je peux avoir l’idée d’un post, ouvrir Canva et être incapable de trouver le design, la formulation ou la manière dont je veux le présenter.
Et il y a d’autres moments où j’ai une bombe de créativité et je peux sortir quatre ou cinq posts dans la semaine. Je ne me force jamais. Quand tu te forces, tu ne fais pas un beau post. Ça se sent que tu l’as fait uniquement parce qu’il fallait publier quelque chose, et je pense que les gens le ressentent aussi.
Quand j’ai une idée, je la note immédiatement sur mon téléphone. Souvent, j’utilise même la dictée vocale : je raconte toute mon idée à voix haute et mon téléphone l’écrit. Comme ça, je l’enlève de mon cerveau, elle est posée quelque part et je peux passer à autre chose.
J’ai une liste avec énormément d’idées. Ensuite, quand j’ai envie de créer quelque chose, je regarde ce qui me plaît le plus à cet instant. Et parfois, s’il y a plusieurs sujets que j’ai envie de traiter, je demande directement à ma communauté ce qu’elle préfèrerait voir.
Les échanges avec ta communauté influencent donc ta manière de créer ?
Oui. Il y a certaines personnes avec qui je parle qui vont me donner des idées ou m’inspirer. Elles peuvent me dire : « Ça pourrait être intéressant que tu fasses un post sur ça », et parfois je me rends compte que quelque chose qui me paraît complètement basique ou évident ne l’est finalement pas du tout pour les autres.
Ça me permet de voir certaines choses différemment et de trouver de nouveaux sujets.
Et puis les retours positifs redonnent aussi confiance. Les messages de personnes qui me disent que mon contenu leur est utile, ça enlève progressivement une partie du syndrome de l’imposteur. Tu te dis : « OK, mon contenu sert vraiment à des gens ».
Par contre, ça ne veut pas dire que je vais changer complètement ma manière de créer en fonction de ce qu’on me dit. Si quelqu’un me dit que je devrais absolument faire tel ou tel type de contenu, je ne vais pas forcément le faire. Je veux continuer à créer des choses qui me ressemblent.
Tu parles justement du syndrome de l’imposteur. Comment le gères-tu en termes de création de contenu ?
Au début, je ne l’avais pas vraiment parce que j’étais sur les réseaux de manière assez innocente. J’étais simplement là pour partager.
Il y avait aussi très peu de personnes qui parlaient du SOMP en France, donc je savais que je faisais partie des premières à en parler.
Aujourd’hui, il y a énormément de contenus et beaucoup de personnes qui se lancent sur les réseaux. Certaines ouvrent un compte et explosent très vite. Et forcément, tu peux parfois te demander : « Est-ce que je suis vraiment légitime à poster ? Est-ce que mon contenu aide vraiment quelqu’un ? Qu’est-ce qui fait que moi, je me démarque ? ».
Je l’ai beaucoup ressenti quand j’ai repris mon compte après ma pause. Aujourd’hui, beaucoup moins. Je poste, et les gens qui veulent regarder regardent. Ceux qui ne veulent pas ne regardent pas, ce n’est pas grave.
Évidemment, quand tu fais un réel et qu’il fait un flop, ça fait quand même un peu mal ! Mais tout ne peut pas toujours fonctionner. J’essaie plutôt de me demander pourquoi ça n’a pas marché, sans remettre tout ce que je fais en question.
Je fais aussi davantage les choses pour moi. Je me dis : « Si ça te fait plaisir et que tu as envie de le poster, alors poste-le ». Et je pense que moins tu fais, moins tu as envie de faire. Et plus tu postes, plus ça te libère.
Le syndrome de l’imposteur peut aussi exister dans mon travail. Il y a des patients avec lesquels l’accompagnement va très bien fonctionner et d’autres avec lesquels ça va moins matcher. Au début de ma carrière, je pouvais facilement le prendre personnellement et me demander pourquoi ça ne fonctionnait pas. Quand ça avait fonctionné avec d’autres patients, je pouvais même me demander si ce n’était pas simplement un coup de chance.
Avec le recul, je me rends compte que c’est humain : aucun professionnel ne peut convenir à tout le monde. Et quand tu regardes l’ensemble de tes accompagnements, tu vois aussi que la majorité des personnes sont satisfaites. Ça aide à remettre les choses en perspective.
Je pense que le syndrome de l’imposteur sera toujours quelque part au fond de moi, comme chez beaucoup de gens, mais aujourd’hui il me freine beaucoup moins.
Quel conseil donnerais-tu à un professionnel qui possède une véritable expertise mais qui n’ose pas la partager sur les réseaux ?
Je trouve ça dommage de priver les gens d’un talent ou d’une expertise.
Être vraiment bon dans son domaine, surtout quand on fait quelque chose avec passion, ce n’est pas si courant. Je trouve ça dommage de le cacher.
Même si tu ne te sens pas légitime ou que tu as des appréhensions, il faut essayer de partager et de le faire aussi pour soi.
Il y a plein de personnes qui sont apparues sur Instagram avec une seule vidéo et qui ont cartonné. Alors pourquoi ça ne pourrait pas être toi ?
En tant que professionnelle de santé, quel regard portes-tu sur la place des réseaux sociaux dans la sensibilisation aux sujets de santé ?
Je pense qu’il y a vraiment les deux côtés. Sur les réseaux, on trouve énormément d’informations, parfois tout et son contraire. Mais je pense aussi que les réseaux ont un rôle important à jouer. Plus on sera nombreux à parler de certains sujets, plus les langues vont se délier.
On le voit notamment avec l’endométriose et, plus largement, avec la santé des femmes. Il y a beaucoup de choses qui évoluent parce que les femmes parlent davantage de ce qu’elles vivent.
Donc, même si un sujet peut nous sembler banal ou déjà connu, je pense qu’il ne faut pas hésiter à en parler. Ça peut toujours aider quelqu’un, sensibiliser davantage et participer, à son échelle, à faire évoluer les choses.
Et enfin, y a-t-il quelque chose ou quelqu’un qui t’inspire ?

Je pense que le fait d’être entourée de personnes déterminées, qui ont cette « niaque » et qui font les choses, est déjà une vraie source de motivation pour moi.
Quand ce sont des personnes qui comprennent aussi ce que représente la création de contenu et les réseaux sociaux, parce qu’elles le vivent elles-mêmes, ça a forcément une incidence différente. Les voir travailler sur leurs projets ou créer des choses me donne envie, à mon tour, de m’y mettre.
Sur Instagram, j’aime beaucoup l’univers de @elo_nutryfit. J’aime ce qu’elle poste et sa créativité. Je trouve notamment ses réels très beaux à regarder. Elle a un univers que je trouve très frais et très pimpant.
Merci à Clara d’avoir partagé avec nous son parcours, son expérience et son regard sur la création de contenu avec autant de sincérité !
















