Une robe inspirée d’une poupée Barbie, une silhouette futuriste empruntée à l’univers de Dune, des clins d’œil au tennis pendant la promotion de Challengers… Depuis quelques années, les tenues portées par les célébrités lors des tournées promotionnelles semblent de moins en moins laissées au hasard.
Cette pratique porte un nom : le method dressing. À la manière d’un acteur prolongeant son personnage au-delà du tournage, elle consiste à puiser dans l’univers visuel d’un film, d’un rôle ou d’un projet pour construire les looks qui accompagnent sa promotion. Le vêtement devient une extension de l’univers présenté à l’écran ; une déclinaison supplémentaire de son identité visuelle.
Le phénomène dépasse aujourd’hui largement les pages des magazines de mode. Avec elle, c’est le film, la série ou le projet qu’elle représente qui continue de circuler. Le tapis rouge devient alors un véritable support de communication, au même titre qu’une affiche ou une bande-annonce.
Le method dressing est-il encore une simple tendance mode, ou est-il devenu un levier marketing à part entière ?
Le vêtement comme support marketing
Sur un tapis rouge, la tenue a toujours participé à l’image d’une célébrité. Avec le method dressing, elle endosse un rôle supplémentaire : celui de prolonger le marketing autour du projet promu.
Il ne s’agit pas nécessairement de reproduire à l’identique le costume d’un personnage. La référence peut être bien plus subtile. Une couleur, une matière, une silhouette ou un détail suffisent souvent à évoquer l’univers d’un film. Le vêtement fonctionne alors comme un langage visuel, capable de transmettre une information avant même qu’un mot ne soit prononcé.
Lors de la promotion de Challengers, Zendaya a multiplié les clins d’œil au tennis à travers ses tenues : robe évoquant un court, chaussures ornées de balles de tennis, silhouettes inspirées de l’esthétique sportive. Chaque apparition rappelait l’univers du film tout en proposant une nouvelle interprétation visuelle.
Une campagne repose sur un ensemble de codes qui permettent au public d’identifier et de mémoriser un univers. En reprenant certains de ces codes sur le tapis rouge, la tenue devient un point de contact supplémentaire entre le projet et son public.
Créer une continuité entre l’œuvre et sa promotion
Une campagne promotionnelle ne se résume pas à une succession d’apparitions. Affiches, bandes-annonces, interviews et réseaux sociaux construisent ensemble un territoire de marque cohérent, que le public associe à une œuvre.
Le method dressing intègre le tapis rouge à cette continuité. En reprenant les couleurs, les références ou l’esthétique d’un film, les tenues deviennent un prolongement visuel de sa promotion.
La campagne Barbie de 2023 en est un exemple parlant. Margot Robbie a multiplié les looks inspirés de tenues réellement portées par la poupée au fil des décennies, avec parfois des références très précises à des silhouettes, accessoires et modèles emblématiques. Ces apparitions ne reprenaient pas seulement le rose associé au film. Elles prolongeaient tout un patrimoine visuel déjà connu du public.
C’est ici que le method dressing rejoint directement une logique de branding : il ne crée pas nécessairement de nouveaux codes, il offre de nouveaux espaces d’expression à ceux qui existent déjà. Et ce levier marketing renforce la cohérence de marque et la reconnaissance de la campagne, en installant un territoire visuel identifiable. Chaque apparition devenant une nouvelle déclinaison de l’identité du projet, sans avoir besoin de reproduire exactement la même image.
Transformer le tapis rouge en contenu médiatique

© Zendaya/Getty Images
Une tenue remarquée ne s’arrête pas au tapis rouge : elle est photographiée, reprise par les médias, commentée sur les réseaux sociaux, parfois transformée elle-même en contenu. Le method dressing prend alors une dimension marketing supplémentaire : la promotion du film dépasse ses propres canaux de diffusion.
La campagne Barbie l’a bien illustré : les looks de Margot Robbie ont fait l’objet d’articles et de comparaisons avec les poupées dont ils s’inspiraient, générant autant de nouvelles occasions de parler du film.
Mais la référence n’a toutefois pas besoin d’être aussi littérale. Pour la promotion de Dune : Deuxième Partie, Zendaya est apparue à l’avant-première londonienne dans une combinaison Mugler haute couture automne 1995, une pièce archivée du créateur. Sans reproduire un costume du film, cette esthétique métallique et futuriste évoquait son univers tout en générant une importante couverture médiatique. On commence par parler de mode, et presque mécaniquement, on reparle du film.
En marketing, cette visibilité obtenue grâce aux reprises des médias et du public relève de l’earned media : une exposition générée non par la diffusion directe de la campagne, mais par l’intérêt spontané qu’elle suscite, par opposition au paid media (publicité achetée) ou au owned media (les canaux propres du studio ou de la marque).
Faire du public un acteur de la campagne

© Jena Ortega/Getty Images
Le method dressing ne fonctionne pas uniquement parce qu’il attire le regard. Une partie de son efficacité repose sur ce qu’il donne à faire au public : observer, reconnaître, interpréter.
Certaines références sont évidentes, d’autres beaucoup plus discrètes. Une couleur, un accessoire ou une silhouette peuvent suffire à évoquer un personnage ou une scène. La tenue devient alors un véritable jeu de décodage, particulièrement adapté aux réseaux sociaux : plusieurs stylistes de célébrités évoquent aujourd’hui cette dynamique comme une forme de jeu de piste visuel, où les fans traquent les indices dissimulés dans chaque look plutôt que d’attendre une reproduction littérale d’un costume.
Jenna Ortega illustre bien cette approche. Lors des promotions de Mercredi et Beetlejuice Beetlejuice, ses tenues ont puisé dans les codes gothiques, sombres ou excentriques de ces univers, sans jamais reproduire directement les costumes de ses personnages. Le public n’a donc pas seulement quelque chose à regarder : il a quelque chose à reconnaître.
Ces références fonctionnent presque comme des Easter eggs : elles invitent les fans à identifier, commenter et partager les clins d’œil, prolongeant ainsi la campagne dans leurs propres conversations, une forme de contenu généré par les utilisateurs (user-generated content) qui amplifie gratuitement la portée de la campagne.
Quand le method dressing sert aussi le personal branding
Si le method dressing sert d’abord la promotion d’une œuvre, il peut aussi nourrir l’image de la célébrité qui le porte. À force de transformer chaque tournée promotionnelle en nouvel univers vestimentaire, cette pratique peut devenir une véritable signature de communication.
Le method dressing crée alors un double bénéfice d’image : le projet profite de la notoriété de la célébrité, tandis que celle-ci renforce une image associée à la créativité et à la réinvention permanente. Autour d’elle, stylistes et maisons de couture bénéficient également de cette exposition croisée. Le method dressing se situe ainsi à la croisée de plusieurs identités : celle de l’œuvre, celle de la personnalité qui la représente, et celle des marques qui l’habillent.
Lorsqu’il devient suffisamment récurrent et identifiable, il ne raconte donc plus seulement le projet promu : il participe aussi à la construction de l’image de celle ou celui qui le porte.
Le method dressing, bien plus qu’une tendance ?
Le method dressing a largement dépassé le simple exercice de style. Et si on retient une chose, c’est ceci : sur le tapis rouge, plus rien n’est vraiment laissé au hasard.
Il y a toutefois un revers à la médaille. Trop littéral, trop systématique, le procédé s’essouffle vite et devient prévisible. Sa force réside justement dans la suggestion, pas dans la reconstitution.
Reste une certitude : célébrités, stylistes et studios l’ont bien compris, et le tapis rouge n’est plus un simple photocall. C’est devenu un chapitre à part entière du storytelling d’une œuvre, et sans doute l’un des plus regardés.
Photo en haut d’article : © Margot Robbie pour Barbie/Getty Images
















