The Facets (Portrait du mois) – l’interview de Javier Moreno, fondateur & content strategist de Supernova

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L'interview de Javier Moreno (Supernova) dans The Facets par The Crystal Prism

Pour inaugurer notre nouveau format The Facets (Portrait du mois), nous avons choisi de mettre en lumière Javier Moreno, fondateur et content strategist du média Supernova.

Supernova décrypte l’actualité business, tech et marketing à travers des formats courts et percutants (carrousels, vidéos) pensés pour un public d’entrepreneurs et de passionnés de ces sujets. Depuis sa création, le média a connu une croissance impressionnante, avec plus de 50 millions de vues générées en 2025 et une communauté de plus de 140 000 abonnés.

Derrière cette réussite, Javier Moreno a un parcours atypique : d’origine vénézuélienne, il arrive en France en pleine crise économique dans son pays, avant de faire ses premiers pas dans le marketing digital.

Pour ce premier portrait du mois, il revient avec nous sur son parcours, sa vision du métier de content strategist et ce qui le fait vibrer au quotidien.

Peux-tu nous raconter ton parcours avant de fonder Supernova ?

Avant de fonder Supernova, j’étais assistant polyvalent dans une société de commerce international qui importait depuis la Chine, et en parallèle, professeur d’anglais. Ce poste avait déjà un lien avec le marketing : c’est moi qui m’occupais du site internet et de la boutique en ligne de l’entreprise, même si à l’époque on ne parlait pas encore vraiment de marketing digital comme d’un métier à part entière.

J’ai ensuite obtenu une licence en langues étrangères, ce qui m’a permis d’apprendre le français. À l’université, mon objectif était de décrocher un stage pour venir travailler en France pendant six mois. Il fallait de bonnes notes pour ça, alors je me suis donné les moyens d’y arriver.

Une fois en France, j’ai poursuivi mes études avec un titre professionnel d’assistant commercial. C’est durant un stage chez une entrepreneuse qui lançait un produit digital que je me suis vraiment retrouvé au cœur d’une stratégie marketing pour la première fois. Elle avait créé un objet appelé « la boule d’amour ». C’était une boule dont les pétales portaient des messages de la famille, envoyés depuis internet. Son histoire personnelle était bouleversante, et nous avons trouvé les bons angles pour la raconter dans la presse et sur les réseaux. Elle avait vécu un cancer, et sa famille lui avait offert cette boule remplie de mots positifs. J’ai trouvé fascinant de pouvoir allier analyse et créativité de cette façon, à travers le storytelling. C’est à ce moment-là que je me suis dit qu’il fallait que je travaille dans le marketing digital.

J’ai ensuite fait un master de manager de projet innovant, option marketing digital. J’étais en alternance dans une société de sécurité privée. J’ai dû tout apprendre par moi-même et devenir extrêmement polyvalent : site internet, stratégie, direction artistique, campagnes Google Ads et LinkedIn…

Je suis ensuite arrivé chez Waalaxy, d’abord comme community manager, puis rapidement comme social media manager. J’ai géré des campagnes de communication internationale. C’est là que Supernova est né. Nous avons voulu créer un média à part de Waalaxy, qui reste dans la même cible (entrepreneuriat, technologie) sans en dépendre. Nous avons publié jusqu’à trois posts par jour à un moment, en m’appuyant sur des freelances pour tenir le rythme. En 2025, ce rythme a payé ! Nous avons atteint 50 millions de vues, et Supernova compte aujourd’hui plus de 140 000 abonnés toutes plateformes confondues.

Aujourd’hui, j’ai gardé ce média, qui est désormais à mon nom, et je travaille en indépendant. Je cherche à développer ma clientèle et à mettre mon expertise au service des entrepreneurs et des entreprises qui veulent se lancer.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de faire du marketing ? Quel a été le déclic ?

J’ai toujours eu ce côté créatif. À 15 ans, j’ai écrit un livre, une histoire fantastique, publiée au Venezuela et aujourd’hui disponible sur Amazon. J’ai essayé de poursuivre dans cette voie éditoriale sans y parvenir, mais ça reste un rêve d’enfance.

Dans le marketing, j’ai retrouvé ce goût du storytelling : raconter des histoires, mais aussi savoir trouver les bons angles et prendre en compte la personne qui va lire ou regarder ce contenu. Il y a aussi un côté très analytique, qui compte beaucoup pour moi. Je suis quelqu’un de rationnel, qui cherche constamment des axes d’amélioration. Cette double dimension, créative et analytique, fait qu’on ne s’ennuie jamais : on est tout le temps en train de se former.

Tu t’es installé en France il y a plusieurs années. Comment s’est passé ton arrivée dans le pays ?

C’était compliqué. En 2018, la situation économique au Venezuela était très difficile, et on a connu une grande inflation. C’était intenable, y compris mentalement. Même avec deux emplois, on ne s’en sortait pas.

Quand j’ai eu l’opportunité de venir faire un stage en France, je ne gagnais que 230 € par mois, logé sur place. Mais avec cette somme, je pouvais quand même aider ma famille et acheter de la nourriture. Ce qui représentait déjà énormément. Je me suis senti bien accueilli, j’ai eu un vrai coup de cœur pour la France, et j’ai décidé d’y poursuivre mes études.

Ça n’a pas été simple pour autant. J’ai eu la chance de croiser des personnes formidables qui m’ont soutenu. Mais j’ai aussi eu des remarques très dures de gens qui me disaient de rentrer dans mon pays, et que les étrangers voulaient juste profiter des aides françaises. Suite à ça, j’ai décidé de ne plus parler de mon souhait de rester en France.

Un souvenir marquant : j’avais besoin d’un emploi pour subvenir à mes besoins. Durant mon stage dans une école/lycée catholique, j’ai déposé mon CV auprès du directeur, et lui ai simplement demandé s’il avait un poste disponible, même de gardien de nuit. Il m’a regardé avec un mépris que je n’ai jamais oublié. Il m’a répondu que je « prenais le bras » alors qu’on m’avait tendu la main, pour avoir seulement demandé du travail. Quelques semaines plus tard, ce même homme prononçait un discours sur la bienveillance lors de la fête de fin d’année de son école catholique…

Heureusement, j’ai aussi croisé des personnes très bienveillantes : j’ai trouvé une alternance grâce à un centre de formation à Bagnols-sur-Cèze. J’ai continué mes études, mon stage, et tout fait pour m’en sortir.

Qu’est-ce que cette expérience d’expatriation t’a appris sur toi-même ?

La résilience, et le fait d’avancer même quand on a peur. J’ai une nature plutôt sensible, et il y a eu des moments où j’aurais juste voulu rester au lit sans rien faire. Mais je n’avais pas vraiment le choix : il fallait sortir, trouver des solutions. Cette obligation d’avancer malgré la peur a forgé ma résilience, ma confiance en moi, et la personne que je suis aujourd’hui.

Comment définirais-tu le rôle de content strategist à quelqu’un qui ne connaît pas le métier ?

Je dirais que j’agis comme un architecte de la stratégie de contenu. Je pose les bases de mon contenu, en fonction des objectifs de la personne ou de l’entreprise. Comment elle veut gérer sa communication, où elle veut aller. Mon rôle, c’est de construire une stratégie avec des créations qui répondent à ses objectifs, et de trouver un rythme de publication qui lui convient.

Est-ce que ton parcours international influence ta façon de penser le contenu et le marketing ?

Énormément. Quand je suis arrivé en France, j’ai découvert des références culturelles que je ne connaissais pas. Et pourtant il fallait créer du contenu ici. J’ai compris à quel point la culture et la formation continue sont importantes. On n’a pas besoin d’être né dans un pays pour y faire du marketing. Mais il faut se pencher sérieusement sur ses références, son humour, son époque, sa façon de raconter les histoires.

À l’inverse, connaître une autre culture me donne aussi un axe différent. Je repère parfois des contenus qui peuvent résonner en France mais qui restent peu connus, faute de connexion avec les médias latino-américains ou anglophones. Et je me souviens d’un moment en France où le débat sur le salaire des ministres faisait polémique. Je connaissais l’histoire de José Mujica, cet ancien président uruguayen qui avait choisi de reverser la majeure partie de son salaire à des associations caritatives et de vivre au niveau du salaire minimum, pour rester proche du quotidien de son peuple. On en a fait un carrousel sur Supernova qui a dépassé le million de vues, parce que c’était le bon moment pour raconter cette histoire.

Pour moi, la création de contenu passe par une bonne compréhension de la culture et de l’actualité du moment, en trouvant des ponts avec d’autres cultures quand on sait que ça peut avoir de l’impact. Il faut aussi être précis dans les mots qu’on choisit, en anticipant comment une culture donnée va les recevoir.

Aujourd’hui, qu’est-ce qui te fait le plus vibrer dans ton métier ?

J’ai beaucoup parlé de storytelling, mais c’est vraiment ça qui me fait encore vibrer. Et aussi le fait qu’on soit tout le temps en train de changer, d’évoluer, de s’améliorer. Je trouve ça hyper passionnant.

C’est quoi ton process de création de contenu ?

D’abord, il faut trouver l’idée. Deux possibilités s’offrent à moi. Soit je pioche dans ma veille (j’ai organisé une liste de médias, podcasts et créateurs de contenu de ma niche dont je peux m’inspirer, en les adaptant à ma sauce), soit l’idée vient d’une observation de la vie quotidienne. Par exemple, un jour, avec des amis dans un centre commercial, on parlait du prix des polos Lacoste. Je me suis dit que ce serait intéressant de raconter l’histoire de la marque.

Une fois l’idée trouvée, je la trie : est-ce qu’elle correspond à ma ligne éditoriale ? Si oui, je détermine le type de contenu. Une success story, par exemple, fonctionne généralement en haut de funnel, pour attirer la demande. Vient ensuite la phase de recherche : pour Lacoste, il fallait comprendre son parcours. Puis je cherche l’angle. Dans son cas, le fait que son père lui avait donné un an pour réussir dans le tennis, sous peine de devoir arrêter et rentrer travailler. Cet ultimatum l’a poussé à tout donner, jusqu’à créer sa propre marque.

Une fois l’angle trouvé, on construit l’accroche qui est l’aspect le plus intéressant de l’histoire à exploiter. Puis le corps du contenu et le call-to-action. Enfin, je décide du format : vidéo, carrousel… Pour Lacoste, c’était un carrousel, qu’on a ensuite décliné en vidéo. Un même contenu peut évoluer de forme selon les besoins. C’est un process assez complet, qui s’inscrit dans un écosystème de contenu plus large.

Si tu devais comparer ton métier à celui d’un autre univers créatif (cinéma, musique, art), lequel choisirais-tu, et pourquoi ?

Je pense qu’il y a beaucoup de similarités entre le cinéma, la musique et l’art. Mais si je devais en choisir un, ce serait le cinéma. En tant que média, il faut rendre une histoire la plus intéressante possible pour un public large. Il y a aussi toute une structure à respecter : le script, le tournage… C’est vraiment le cinéma qui se rapproche le plus de mon métier.

Pour finir, un livre, un podcast ou une personne qui t’inspire en ce moment ?

En ce moment, c’est Brian Tracy, un écrivain américain qui a aujourd’hui tout un système autour de lui, podcasts compris. Son discours sur la maîtrise du temps et la capacité à s’en sortir seul m’a beaucoup marqué. Et ce, à plusieurs moments de ma vie.

Cela dit, j’essaie de garder un regard plus nuancé sur son message. Il défend l’idée qu’on est responsable à 100 % de ce qui nous arrive. Je ne pense pas que ce soit tout à fait vrai. On a une grosse part de responsabilité, bien sûr, mais les circonstances de la vie, le contexte culturel, l’endroit où l’on naît influencent aussi énormément notre parcours. Son discours m’a beaucoup aidé à me dire qu’il fallait prendre les choses en main et avancer, mais j’aimerais que ce type de contenu intègre davantage cette part de nuance. La vie n’est pas toujours aussi simple que ce que racontent souvent les livres de développement personnel.

Un grand merci à Javier d’avoir pris le temps de répondre à nos questions et de partager avec nous son parcours et sa vision du métier !